Tableaux Parisiens
Le Soleil
Le long du vieux faubourg, où pendant aux
masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits
redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les
blés.
Je vais m’exercer seul à ma fantasque
escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime.
Trébuchant sur les mots comme sur les
pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps
rêvés.
Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Eveille dans les champs les vers comme les roses;
Il fait s’évaporer les soucis vers le
ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de
béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de
mûrir
Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir!
Quand, ainsi qu’un poète, il descend dans les
villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.