Sed Non Satiata
Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d’ébène,
enfant des noirs minuits,
Je préfère au constance, à
l’opium, au nuits,
L’élixir de ta bouche où l’amour
se pavane;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.
Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton
âme,
O démon sans pitié, verse-moi moins de
flamme;
Je ne suis pas le Styx pour t’embrasser neuf
fois,
Hélas! et je ne puis, Mégère
libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l’enfer de ton lit devenir Proserpine!
Avec ses vêtements ondoyants et nacrés,
Même quand elle marche, on croirait qu’elle
danse,
Comme ces longs serpents que les jongleurs
sacrés
Au bout de leurs bâtons agitent en cadence.
Comme le sable morne et l’azur des
déserts,
Insensibles tous deux à l’humaine
souffrance,
Comme les longs réseaux de la houle des mers,
Elle se développe avec indifférence.
Ses yeux polis sont faits de minéraux
charmants,
Et dans cette nature étrange et symbolique
Où l’ange inviolé se mêle au
sphinx antique,
Où tout n’est qu’or, acier,
lumière et diamants,
Resplendit à jamais, comme un astre inutile,
La froide majesté de la femme stérile.